Le couplage des données : un numéro, c’est plus qu’un simple numéro

Je me dois de mentionner une inquiétude croissante concernant l’incompréhension d’un aspect essentiel de la protection de la vie privée, c’est-à-dire la facilité de coupler des données dans un monde en ligne en pleine expansion.

Les gens partagent de plus en plus de renseignements personnels à leur sujet sur des blogues et des sites de réseautage social ainsi qu’au moyen d’applications mobiles. Pour cette raison, ils doivent réfléchir à la nature des renseignements qu’ils affichent et à l’usage qui pourrait en être fait. Or, malheureusement, la plupart des gens se méprennent quant à la protection de leur vie privée et à leur anonymat en ligne.

De nouveaux outils analytiques et algorithmes permettent désormais non seulement d’associer un numéro à un nom, mais aussi de combiner des renseignements émanant de sources multiples, afin de créer en bout de ligne un portrait fidèle du particulier pouvant être identifié et, ce faisant, de révéler ses activités en ligne. Nous sommes au point où des données, non seulement les numéros d’assurance sociale, qui sont associés étroitement à une personne, mais également des adresses IP, des numéros de plaque d’immatriculation et des appareils mobiles, permettent de recueillir des renseignements susceptibles d’identifier des personnes grâce à des couplages de données toujours plus complexes et de grande portée.

Par exemple, imaginez que les commentaires « anonymes » que vous faites sur le site Web d’un journal ou dans un forum de clavardage puissent vous être attribués en associant simplement votre adresse IP et les données de votre navigateur par l’entremise de plateformes multiples.

En mars, la Cour d’appel de l’Alberta a jugé que Léon, un détaillant de meubles, était autorisé à recueillir le numéro de plaque d’immatriculation des clients qui passaient prendre leurs achats car ce numéro n’était pas considéré comme étant un renseignement personnel (du fait qu’il n’est pas associé à une personne en particulier). En Ontario, la loi dit exactement le contraire : le numéro de plaque est un renseignement personnel car il suffit d’un clic pour l’associer à un particulier pouvant être identifié. C’est en fait la situation albertaine qui représente une anomalie, car aucun autre territoire canadien ne partage ce point de vue.

En rejetant la requête en pourvoi dans cette affaire, la Cour suprême du Canada a raté une excellente occasion de
se pencher sur cette question qui, à mon avis, sera au cœur des problèmes futurs touchant la vie privée.